La "Creute des Américains"

Carrière de Calcaire - surface d'environ 40 hectares

 
Le Diaporama
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Origine du nom :

Le nom de "Creute des Américains" est lié au fait qu'elle hébergea, entre autre, des soldats américains lors de la Première Guerre mondiale. Ils sont les auteurs de la majorité des traces et sculptures présentes dans la carrière. Cette carrière est une "Creute". C'est, dans le Soissonnais et au "Chemin des Dames", le nom donné aux carrières souterraines creusées par les carriers. Durant la Première Guerre mondiale, certaines creutes ont servis d'abris ou de cantonnements aux soldats.

 

L'exploitation de la carrière :

Cette carrière fut exploitée à partir du Moyen Âge et jusqu'en 1870. Elle aurait fourni les pierres des portails du transept de la cathédrale de Laon. La carrière posséderait un second étage, qui n'a toutefois jamais été retrouvé. Il reste quelques traces de l'époque des carriers :

- un "chemin de croix", accompagné de symboles Francs-maçons marqués au fusain ;

- une épitaphe qui signale la mort de deux carriers dans un fontis. Le texte dit « Au souvenir de Laurent Mullepa et de Francis Mullepas son fils écrasés en cette place le 11 du mois priez Dieu pour leurs âmes. » Un dessin montre deux morts, deux croix et deux outils de carriers (un pic et un taillant) ;

- un reste de "chapelle" souterraine appartenant sans doute aux carriers. Il y avait quatre niches où se trouvaient quatre sculptures de saints, dont Saint Laurent et Barbes. Malheureusement, seule la statue de Saint Laurent a échappé au pillage, car elle se trouvait camouflée derrière le remblai d'une hague.

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Epitaphe commémorant la mort des deux carriers.
Sculpture rescapée de Saint Laurent. La niche a gauche est vide.

 

Un abri souterrain :

Par la suite, la carrière va servir d'abri. Lors de l'invasion des Prussiens en 1814, elle servit d'abri aux femmes et enfants du village. Plus tard, une ferme fut construite prés d'un des cavages de la carrière. Le propriétaire s'en servait comme grange, mais également comme étable et bergerie.

Puis vint la Première Guerre mondiale. La carrière va alors servir successivement de cantonnement pour les soldats allemands, français et américains. Dès le mois d'octobre 1914, les allemands investissent les lieux. Ils font aménager la carrière par des prisonniers de guerre russes. Ces derniers vivent dans des conditions très dures et n'ont pour seul vêtement q'un sac à pommes de terre. Plusieurs aménagements sont réalisés entre 1914 et 1915.

- Installation d'un réseau de câbles électrique et téléphonique.

- Établissement d'un système de fléchage.

- Creusage de quatre tunnels afin de relier deux autres carrières. L'objectif était de traverser sous le Chemin des dames du nord au sud.

- Ouverture de nouveaux cavages, afin d'approvisionner les tranchées en hommes et en matériel. Ces entrées étaient souvent équipées de portes anti-gaz.

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Fléchage allemand

La carrière fut reprise aux ennemis et en février 1918, elle permit le casernement de troupes Franco-américaines. Il y a eut jusqu'a 2500 soldats, dont de nombreux américains de la 26e, 101e et 102e division d'infanterie. Dans la carrière ont trouve de nombreux objets qui attestent de l'occupation militaire (douille, barbelés, chargeur de mitraillette, restes de lit, lampes diverses, chaussures ...)

En mai 1918, la carrière fut reprise par l'ennemi allemand. Les combats furent violents et endommagèrent la carrière. Les bombardements d'artillerie entraînèrent l'effondrement de certaines galeries, emprisonnant parfois des soldats. La ferme attenante fut également entièrement détruite.

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Chaussures de soldat français
Ancien lit de casernement avec un casque de soldat américain

 

 

Les sculptures des soldats :

Lors de leur séjour dans la creute, les soldats ont gravé et sculpté les murs de la carrière. C'est au total 650 traces (sculptures, gravures, signatures, dessins au fusain) qui on été répertoriées sur le site, ce qui représenterait plus de 50 % de celles présentes dans l'ensemble les 280 creutes répertoriées du « chemin des Dames. » La grande majorité de ces souvenirs militaires (environ 80 %) a été laissée par les trois régiments américains, qui ne sont restés que cinq semaines. Cette quantité d'oeuvres est sans doute liée au fait qu'ils passèrent plus de temps cantonnés dans la carrière que dans les tranchées. Malgré le passage successif des deux camps ennemis, ces souvenirs ont été respectés.

Grâce à des recherches, des passionnés du lieu ont interprétés un grand nombre de ces oeuvres. Je vous livre, ci-dessous, quelques bribes de leur remarquable travail.

La présence américaine se traduit par la représentation de grands symboles de la nation américaine de l'époque.
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Buffalo bill avec son grand chapeau et ces moustaches effilées.
Oncle Sam , reconnaissable à son chapeau haute forme.
Des effigies d'indiens avec leurs coiffes, qui était présents sur le dollar américain.
 
Les soldats sont aussi représentés, avec un regard croisé sur les deux camps.
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Soldat allemand dessiné avec son casque à pointe dont ils étaient pourvus au début de la guerre.
Allemand "animalisé" sans doute dessiné par un américain
Soldat français avec son casque bombé.
 
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La femme de profil enchaînée à un obus représente la France et la Belgique enchaînées dans la guerre par les allemands. L'Allemagne est représentée par une Marianne vue de dos, pourvue de seins dans le dos. Le drapeau américain symbolise que l'Amérique vient les libérer.
Portrait d'un soldat américain qui a "son pays en tête"

 

 

Les dégradations et la protection de la carrière :

Dans les années 1970-1980, en plein dans la vague de la “militaria”, des collectionneurs arpentent le « Chemin des Dames » et fouillent les carrières à la recherche de “trésors de guerre”. Cette carrière fut fortement touchée par ce phénomène. Les objets laissés par les soldats furent emportés en grand nombre. De nombreuses sculptures furent découpées, endommageant souvent les sculptures périphériques. Enfin, les tombes de trois soldats Allemands inhumés dans la carrière ont été pillées en 1981. Les dépouilles ont alors totalement disparu et l'épitaphe les accompagnant fut découpée.

Le 15 février 1989, une association se crée, afin de protéger ce patrimoine fabuleux. Elle obtient le classement de la carrière au rend des monuments historiques le 11 février 1994.