Cave-carrière de la Brasserie Dumesnil d'Ivry

Carrière de Calcaire grossier - Surface d'environ 2 hectares

(Gérée par l'association l'OCRA)

 
Le Diaporama
carriere delacroix ivry

Origine du nom :

La brasserie souterraine Dumesnil fut aménagée et exploitée par l'entreprise Dumesnil qui produisait de la bière.

 

Histoire de la Bière Dumesnil :

L'histoire de la bière Dumesnil est celle d'une entreprise familiale de brasseurs qui se perpétua sur plusieurs générations.

- En 1840, Georges Dumesnil qui est alors Clerc de notaire, décide de racheter la brasserie du "marché aux chevaux" qui été située dans le 13ème arrondissement de Paris, rue Dumeril. Cette brasserie tire son nom du célèbre marché aux chevaux qui se tenait deux rues plus loin. Aujourd'hui, les restes de la partie couverte de ce marché sont toujours visibles et l'on peut apercevoir une tête de cheval dans un écusson. Cette tête de cheval servait de "logo" à "la brasserie du marché aux chevaux" et va être conservée pour la bière Dumesnil. En 1872, Georges Dumesnil s'associe à Pasteur pour mettre au point le premier processus de bière stérilisée.

Le marché aux chevaux situé près de la brasserie reprise par Dumesnil.
La tête de cheval dans le même quartier et ayant servi de base pour le logo de la bière Dumesnil.

 

- En 1877, la brasserie Dumesnil est reprise par ses deux fils qui vont porter la production de bièreà 20.000 hectolitres/an. Le manque de place les obligent à s'installer en 1880 dans une brasserie plus grande, rue Dareau, où toute la production y est rapidement centralisée. Afin d'éviter des charges trop importantes qui sont aux prorata de la surface des bâtiments, ils décident en 1880 d'aménager les vides de carrière situés au dessous. Ils vont y stocker notamment de la glace ramassée l'hiver dans les étangs de Gentilly et utilisée l'été pour conserver la bière en garde.

 

Brasserie Dumesnil rue Dareau (Coll. IGC)
Gravure de Vallet de la brasserie Dumesnil rue Dareau

 

- En 1909, leurs fils et leur gendre reprennent l'affaire. La brasserie compte alors 200 employés pour une production de 60.000 hectolitres/an. Cependant, de nouvelles générations de brasseurs très compétitifs les obligent à augmenter encore leur production, qui passe à 500.000 hectolitres/an, et la brasserie rue Dareau devient à son tour trop petite. Ils décident donc de créer un deuxième site de production en s'associant, en 1956, avec la brasserie Richard située à la cave-carrière d'Ivry-sur-Seine. Ce deuxième site réutilise également une ancienne carrière située à une profondeur de 23 m. Les deux sites produisent alors 1 millions d'hectolitres/an de bière et de limonade.
Les anciens bâtiments de l'usine Dumesnil d'Ivry-sur-Seine en 1960, aujourd'hui rasés, qui étaient situés au dessus de la cave carrière.

 

La brasserie Richard qui précède la brasserie Dumesnil sur le site d'Ivry.
La flotte de camions de livraison de la brasserie Dumesnil (Archive Didier 93)
 

- Puis le déclin de l'entreprise va s'amorcer progressivement, dans un contexte économique difficile, avec tout d'abord la fermeture, en 1962, des deux brasseries parisiennes. En 1969, le géant Kronenbourg rachète la cave-carrière d'Ivry-sur-Seine. Cependant, le site est finalement fermé en 1987 malgré un mouvement social important des ouvriers, soutenus par les dirigeants de la commune. En 1982, le site est rasé en surface et une partie de la ferraille des installations souterraines est recyclée.

- En décembre 2000, la municipalité contacte l'association OCRA afin qu'elle étudie les possibilités de visites de l'ancienne cave-carrière Dumesnil. Une cartographie est réalisée ainsi que des itinéraires balisés et sécurisés pour les visites. La carrière est visitable une fois par an aux journées du patrimoine depuis 2003.

 

 

Etapes de la fabrication de la bière Dumesnil :

La fabrication de la bière se déroule en plusieurs étapes qui sont communes à tous les brasseurs. Cependant, chaque marque produit avec des installations qui lui sont propres. Sur le site de la cave-carrière d'Ivry, il reste suffisamment d'installations qui n'ont pas été recyclées, pour pourvoir reconstituer les étapes de fabrications propres à ce site. En 1960, la production de l'usine d'Ivry requiert chaque mois, 200 t d'orge, 30 t de riz, 25 t de houblon et 40.000 l d'eau. Le riz apporte les mêmes éléments que l'orge. La fabrication à lieu en deux grandes étapes :

Le maltage : Il consiste à faire germer les grains d'orge, appelé malt, qui entrent dans la composition de la bière. La germination permet d'activer des enzymes qui vont transformer les sucres de réserves (stockés dans la graine sous forme d'amidon) en sucres simples (maltose et glucose). Ce glucose sera alors utilisable, comme source d'énergie, par les levures à l'origine de la fermentation alcoolique.

- Le Trempage : Les grains sont trempés dans de l'eau tiède (20°c) pendant 72h afin de les réhydrater à 45%.

- La germination : Cette réhydratation déclenche la germination qui dure 8 jours à une température d'environ 15°C. On obtient du malt germé ou "malt vert". Sur le site d'Ivry, cette germination avait lieu dans des "cases".

- Le touraillage : L'orge est ensuite séché 24H afin de qu'il ne contienne plus que 10% d'eau. Dans un second temps on peut torréfié, c'est à dire chauffé, ce qui permet d'obtenir un malt plus ou moins brun pour faire de la bière brune ou blonde. Les enzymes sont détruites.

- Le dégermage : Enfin, les grains sont débarrassés des petites racines (radicelles). Le malt repose ensuite 4 semaines dans un endroit sec.

a
Ventilateur servant à pulser l'air à travers les cases des chambres de germination.
Selon le degré de touraillage, la bière prend une teinte variable (blonde, brune...)
 

Le brassage : Il consiste à mélanger l'ensemble des composants (orge, riz, houblon et levures) qui vont entrer en fermentation. Lors de cette fermentation, les levures consomment le glucose qui leurs sert de source d'énergie, ce qui va produire des "déchets" : l'alcool et le C02.

Glucose + levures => CO2 + Energie + Alcool

- Le concassage : L'orge est transformé en farine, à gros grains (supérieur à 120 microns) à laquelle on ajoute du riz (préalablement cuit dans une chaudières) et de l'eau (c'est l'empâtage). Le tout, appelé "brassin", est porté à ébullition pendant 20 min. Cela permet de liquéfier le reste de l'amidon en maltose.

- La filtration : On filtre alors le mélange obtenu afin d'enlever les enveloppes des grains d'orge et le riz. Le filtrat s'appelle le moût.

- Le Houblonnage : On ajoute 140 g de fleurs de houblon et on porte à nouveau le moût à ébullition pendant 2 heures afin de le stériliser.

- La fermentation : On rajoute 0,85 g de levures dans le moût et le mélange est laissé à fermenter 10 jours dans des cuves de fermentation. Le CO2 donne les bulles de la bière et l'excédant sera utilisé pour gazéifier de la limonade. La bière obtenue est alors chauffée pour tuer les levures et stopper la fermentation.

La bière obtenue est stockée dans des cuves de garde pendant 3 semaines afin d’affiner la flaveur (goût, odeur, sensation) de la bière et de laisser décanter les matières en suspension. C'est "la garde". Enfin, elle est filtrée une dernière fois puis et mise en bouteilles dans la canetterie.

Fleur femelle non fécondée de houblon qui entre dans la composition de la bière.
Canetterie Dumesnil (Archive Didier 93)

 

 

Les vestiges souterrains de la brasserie Dumesnil :

Au niveau du site de la brasserie d'Ivry, il ne reste aucun bâtiment en surface. En carrière une grande partie des installations métallique ont été démontées pour être recyclées. Néanmoins, il reste de nombreux vestiges intéressants dans la cave-carrière organisée en deux étages :

- 7 pièces voûtées qui abritaient 7 "cases" d'une capacité de 500 quintaux, dont il ne reste que les supports béton au sol. Ces cases étaient formées d’un plateau perforé, surélevés de 70 cm du sol, par lequel on injectait de l’air humide (les ventilateurs sont encore visibles), afin de garder une germination constante de l'orge à une température de 12° à 18°C et sous un taux d’humidité de 44 à 48 %. L’air introduit était récupéré afin d’être recyclé, débarrassé du gaz carbonique, pour être à nouveau réutilisé.

- L'orge était retourné deux fois par jour dans les cases via une vis sans fin encore en place. Le grain est retourné régulièrement afin que les radicelles ne s’enchevêtrent pas, car elles provoqueraient alors l’asphyxie des grains.

Chambre de germination de l'orge en 1960 et de nos jours.
Vis sans fin servant à conduire l'orge dans le concasseur (Photo F. Charbonneau)
 

- Un puits artésien, réalisé en 1968, dont l'eau très pure provenait de la nappe phréatique de l'Albien située à 745 m de profondeur. Le débit de ce puits était de 100 L/h. Cette eau était incorporée à la bière. Ce puits, foré par l'entreprise Dumesni,l fut construit pour remplacer un premier puits artésien qui avait été creusé par la brasserie Richard en 1934.

- Un puits moins profond dont l'eau moins pure alimentait les machines pour le refroidissement et les condensateurs des réfrigérateurs.

- 40 cuves de fermentation et de garde, représentant une capacité totale de 80 000 hectolitres. La plus grande mesure 38 m de long, pour 4,5 m de large et 2,7 m de hauteur et un volume de 4500 hectolitres. L'intérieur est enduit de paraffine rouge protectrice qui évite le dépôt du tartre directement sur les parois.

Les cuves de fermentation de la brasserie Dumesnil.
Les cuves de gardes et de fermentations aujourd'hui
 
Nettoyage d'une cuve de garde.
Cuve de garde aujourd'hui (Photo F. Charbonneau)

 

Remarque : A proximité de l'entrée, des aménagements datant de 1939 montrent que la brasserie servit d'abri de défense passive. On peut y observer des toilettes, une ancienne passerelle en bois et une ancienne signalétique qui précise "Défense de fumer dans l'abri - Défense de venir dans l'abri avec les bêtes".

Ancienne passerelle de l'abri aujourd'hui disparue. Signalétique de la réglementation de l'abri.
Rangée d'anciens WC construit pour l'abri de défense passive.

 

 

Les produits Dumesnil :

La brasserie Dumesnil, lorsque la production était à son apogée, produisait 17 produits différents en France : 14 bières, 2 sodas (orange et citron) et une limonade. A celà, il faut ajouter des bières d'exportation.

 

1 - Bière DUMESNIL Bock surfiltrée (litre bouchon mécanique)
2 - Bière DUMESNIL Bock pasteurisé (litre bouchon couronne)
3 - Bière du LION Bock pasteurisé (litre bouchon couronne)
4 - Bière PRIMA DUMESNIL Luxe surfiltrée (litre bouchon couronne)
5 - Bière ROYAL DUMESNIL Luxe surfiltrée (litre bouchon couronne)
6 - Bière OBER PILS Luxe pasteurisé (33 cl bouchon couronne)
7 - Bière OBER PILS Luxe pasteurisé (25 cl bouchon couronne)
8 - Bière OBER PILS Luxe pasteurisé (65 cl bouchon couronne)
10 - Bière TURF BEER super luxe blonde pasteurisée surfiltrée (25 cl bouchon couronne)
11 - Bière TURF BEER super luxe brune pasteurisée surfiltrée (25 cl bouchon couronne)
12 - LIMONADE DUMESNIL flash-pasteurisé (litre bouchon mécanique)
13 - SODA orange MENIL flash-pasteurisé (litre bouchon mécanique)
14 - SODA citron MENIL flash-pasteurisé (litre bouchon mécanique)
15 - Bière OBER PILS Luxe (fût)
16 - Bière TURF BEER super Luxe (fût)
1 7- LIMONADE DUMESNIL flash-pasteurisé (fût)

Ensemble des 17 produits Dumesnil en 1960.
 

(Images en partie issue de la collection de Didier 93)
 
Les publicités Dumesnil fleurissaient aussi partout: affiches, cendriers, protège-cahiers.... La brasserie possédait également sa propre taverne au 77 boulevard Montparnasse qui est aujourd'hui remplacée par un cinéma.
Café avec publicité pour la bière Dumesnil.
La taverne Dumesnil du boulevard Montparnasse.
 
Quelques publicités pour la bière Dumesnil (Didier 93)

 

Pour découvrir encore les nombreux objets de la brasserie Dumesnil vous pouvez consulter la page très complète de Didier 93 ICI